Les débats participatifs

Le juste équilibre entre le travail et le capital

Repenser la Gauche, un nouveau rocardisme

Par neo.democrate le 29/11/2008

Il est assez curieux que personne n'ait insisté sur l'aspect éminemment rocardien de la démarche de Ségolène. Ségolène est plus rocardienne que Michel. Son discours du congrès est essentiellement rocardien : appel à un parti plus ouvert sur la société, à une façon plus douce d'aborder les questions sociales et politiques, à l'ouverture au centre, à une articulation plus juste de la société et du marché...

Cette démarche est séduisante et offre, il est vrai, des perspectives de transformations plus adaptées au monde d'aujourd'hui et au fonctionnement actuel de la société qui s'est fortement individualisée (y compris à sa base). Mais cette démarche peut aussi être extrêmement périlleuse si elle conduit au final à l'alignement sur les politiques économiques de droite et à l'abandon des classes populaires (qui se tourneront alors vers les extrêmes comme elles l'ont déjà fait par le passé) au profit de la défense des classes moyennes et du «modernisme» technocratique. C'est toute la tragédie du rocardisme historique qui parti de l'extrême gauche a fini par se confondre avec la droite. Il faut reconstruire un rocardisme authentiquement de gauche en conjurant cet écueil et en évitant tout glissement vers la droite. Toute la question pour la gauche aujourd'hui est de savoir comment rendre l'individu plus libre et plus heureux dans une société plus juste. Bref, il s'agit de réinventer une pensée gauche, de retrouver la gauche, de repenser un rocardisme de gauche.

J'avancerais trois pistes :

- D'abord l'Ecole. Le système d'enseignement supérieur français est profondément inégalitaire. Les classes préparatoires aux grandes écoles qui accueillent principalement des jeunes issus de milieux favorisés et très favorisés ont des moyens beaucoup plus importants que les universités qui accueillent pourtant des étudiants issus des milieux modestes ou peu favorisés. C'est un système de caste digne de l'ancien régime et tout à fait indigne d'une société juste. Ce n'est pas en accueillant quelques jeunes issus des quartiers défavorisés dans les classes préparatoires qu'on mettra fin à cette inégalité scolaire. C'est tout le système d'enseignement supérieur qu'il faut repenser en fusionant les classes préparatoires et les grandes écoles et les universités. Il n'est pas normal non plus que les étudiants sur-favorisés touchent aujourd'hui 1300 euros par mois dans les grandes écoles quand les autres étudiants (issus elle des milieux modestes ou peu favorisés) qui forment la majorité doivent travailler pour financer leurs études. Cette réforme devra donc comprendre aussi un volet social pour répondre à la misère étudiante. Une allocation d'autonomie (entre 600 et 800 euros) devra être mise en place pour tous les jeunes en études et en formation professionnelle. Sur le mode du RSA, les jeunes qui travaillent pourraient cumuler une partie de cette allocation avec les revenus de leur nouveau travail. Dans le primaire, la réduction du nombre d'élèves par classe apparaît comme une nécessité pour mettre fin à l'échec scolaire (qui là aussi touche d'abord les enfants issus des régions les plus dominés de l'espace social) et accroître le bien-être des élèves. De ce point de vue, il faut s'opposer fermement aux réductions de postes décidées par le gouvernement actuel. En revanche, en ce qui concerne la réforme des lycées, si certaines propositions sont fortement critiquable (comme la disparition du tronc commun de ceratines matières qui forgent la conscience civique et républicaine comme l'histoire-géographie. Il n'est pas acceptable que au lycée, l'histoire-géographie disparaisse du tronc commun pour devenir une matière optionnelle), l'esprit général de la réforme qui vise à impliquer davantage l'élève dans ses choix scolaires et à alléger des emplois du temps parfois pléthoriques va plutôt dans le sens du progrès et de l'émancipation individuelle et devrait donc plutôt être accueillie favorablement par la gauche.

- Ensuite, quelles réponses apportées à la crise ? Les usines délocalisent, le dumping social écrase les salaires, le pouvoir d'achat baisse, le chômage repart à la hausse dépassant aujourd'hui la barre symbolique des 2.000.0000 de chômeurs, la misère s'étend aux portes de nos villes, plus personne à part la haute bourgeoisie n'est vraiment à l'abri de la précarité. Les classes moyennes elles-mêmes se sentent menacées. Il n'y a pas de solutions simples. Mais il y a des possibilités d'action. D'abord une grandes réforme de la fiscalité s'impose pour redistribuer les richesses : abolir le paquet fiscal, supprimer la totalité des niches fiscales, revoir les tranches de l'impôt sur le revenu, baisser la TVA sur les produits de première nécessité, éventuellement l'augmenter sur certains produits de luxe ou fortement dispendieux en énergie. Ensuite, le SMIC devra être revalorisé et Ségolène a eu tort de renier après la campagne de 2007 la proposition de porter le SMIC à 1500 euros qui figurait dans son pacte présidentiel. Enfin, plutôt que de critiquer les 35 heures qui ont apporté beaucoup de progrès pour des millions de femmes et d'hommes et qui ont contribué entre 1997 et 2000 à la diminution du chômage, il aurait été plus judicieux de la part de Ségolène de montrer comment le passage direct à la semaine de quatre jours (c'est à dire aux 32 heures hebdomadaires) aurait été moins compliqué à mettre en œuvre et aurait évité certaines désorganisations qui ont été causées à l'époque par la mise en place des 35 heures. C'est donc vers la semaine de quatre jours de travail à salaires égal qu'il faut tendre. La mise en place des 32 heures de travail hebdomadaire (ou semaine de quatre jours) est la seule façon dans cette longue période de ralentissement économique de lutter efficacement contre le chômage. Sans les 35 heures, le chômage serait aujourd'hui encore plus important et le recours aux RTT limite le recours au chômage partiel. Cela implique aussi de revoir notre rapport à la société, de remettre du lien entre les individus, de retrouver le sens de la fête, la tendresse (Ségolène a eu raison d'insister sur ce mot dans son discours du congrès, l'amour, la relation à l'autre sur un mode autre que purement économique et compétitif est essentiellement une valeur de gauche), l'amour des uns des autres. Cela implique, dans un monde instable et de plus en plus égoïste et marchand de redonner tout son lustre à l'engagement associatif. Ainsi, l'individualisme de gauche qui vise à accroitre la liberté des uns par la liberté des autres et à faire une société plus libre parce que plus juste s'oppose à l'égoïsme de droite qui réduit la liberté au marché et réduit les rapports humains à des rapports compétitifs et de concurrence où le but, le seul but de la vie serait de triompher de l'autre. Révolution fiscale et reconstruction de la société par la diminution du temps de travail et la revalorisation du tiers-secteur, tels doivent être les deux axes forts d'une politique de gauche qui ne se contentent pas des recettes sociales-keynésiennes classiques (qui dans une économie ouverte et globalisée et dans un contexte de ralentissement général de l'activité ne sont plus en mesure d'offrir toutes les réponses même si elles peuvent contribuer toujours à corriger les inégalités les plus flagrantes.) C'est cette nouvelle pensée de gauche qu'il faut promouvoir. Et il faut de ce point de vue, effectivement ouvrir le Parti socialiste sur le monde associatif, les associations écologistes, il faut écouter aussi au sein du parti des courants qui tels que Utopia font des propositions fort intéressantes pas toutes réalisables mais qui s'inscrivent dans cette nouvelle pensée de gauche, clairement de gauche, individualiste et émancipatrice retrouvant le rocardisme des origines. Il faut aussi ouvrir le dialogue avec Olivier Besancenot qui s'inscrit aussi de façon parfois radicale certes dans cette démarche qui doit être le socle d'une nouvelle pensée de la société.

- Les institutions enfin. Bien sûr, dans le cadre actuel pour revenir au pouvoir, la gauche doit bien se fondre dans le moule présidentiel. Elle n'a pas le choix. Mais lorsqu'elle reviendra au pouvoir elle devra engager une profonde réforme des institutions qui aille bien plus loin que la réformette sarkozienne (qui ne vise en fait qu'à cacher la présidentialisation accrue du régime actuel). La présidentielle est un cancer qui d'ailleurs est extrêmement défavorable à la gauche dans son ensemble, parce que la gauche n'a pas la culture du chef, parce que la gauche se définit toujours contre le pouvoir. La dernière fois que la gauche est revenue au pouvoir, ce n'est pas à la faveur d'une élection présidentielle mais à la faveur d'une élection législative suite à la dissolution de 1997. De retour au pouvoir la gauche devra donc instaurer une sixième république primo-ministérielle et parlementaire. Elle devra aussi se montrer plus à l'écoute des citoyens, établir de nouveaux modes de contrôle démocratique sans sombrer dans le populisme. Le système majoritaire sera conservé mais une dose de proportionnelle devra être instaurée au parlement. Il n'est pas normal en effet que deux partis cadenassent ainsi la démocratie. Le pluralisme politique doit être défendu et mieux représenté à l'Assemblée nationale (une dose de 20 à 30% de représentation proportionelle répondrait à cette exigence démocratique). Le Sénat devra être profondément réformé (pourquoi ne pas le transformer par exemple en parlement des associations ?) sinon supprimer. Le salaire du président de la République et de l'ensemble des ministres sera ramené à des proportions raisonnables. Les frais de l'Élysée et des ministères seront réduits au strict nécessaire. C'est cela aussi la révolution démocratique.

Telles sont les grandes lignes (qui sont loin d'être exhaustives) de la révolution démocratique et sociale qu'il faudra accomplir lorsque nous reviendrons au pouvoir. Une École plus juste. Une société repensée et refondée. La VIème République. C'est ce nouveau rocardisme de gauche qu'il faut inventer. C'est cette nouvelle démocratie émancipatrice et individualiste qu'il faut construire. Mais l'émancipation des individus passe d'abord et avant tout par la redistribution sociale qui doit jouer tout son rôle et qui est un outil immense pour transformer la société. La redistribution est un moyen, ce n'est pas une fin. L'individualisme de gauche s'oppose à l'égoïsme de droite. Il part de ce principe qui bouscule bien des idées reçues : la liberté des uns commence là où commence celle des autres.

C'est de ces trois pistes que Ségolène doit s'inspirer parce qu'elles sont seules en mesure de réparer les horreurs du sarkozisme tout en étant adapté aux exigences nouvelles de la société. C'est ce nouveau projet de société profondément de gauche qu'il faut construire, ensemble. Pour la Gauche et pour les français.

contact : neodemocrate@gmail.com.

Commentaires

Intéressant

salut,

Je te félicite pour cette contribution même si je ne partage pas toutes tes suggestions.

Pour l'école, les étudiants, je suis assez d'accord

Pour les institutions, je suis entièrement d'accord

Je crois utopique d'envisager une quelconque dialogue avec Besancenot mais je crois en revanche, qu'il faut dénoncer ses propositions inapplicables et en montrer la malhonnêteté.

Je te rappelle que si Ségolène a critiquer le Smic à 1500 €, c'était tout simplement parce que au cours de la campagne de nombreux militants lui ont fait observer qu'avec la mise à jour annuelle, il atteindrait ce niveau en 2012.

Je reste perplexe quant au slogan de l'augmentation des salaires, je suis ne revanche tout à fait favorable à la modification de l'assiette des cotisations, ce qui donnerait quelques marges de manœuvre aux entreprises utilisant beaucoup de main-d'œuvre.

Je pense que la semaine des 4 jours méritent d'être étudiée (quid du travail du dimanche ???)

Oui, à un nouveau parti rocardien

Signé : Jedoute

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35heures: attention!

On a vu comment NS a pris soin de ne pas toucher aux 35heures (super machin pour "tenir" la courbe du chômage!)
et pour en accentuer les défauts et saboter la vertu (paiement des RTT!).
Le "partage du temps de travail" est une belle idée, mais elle laisse infiniment de place à une exploitation supplémentaire des travailleurs.

(re)Prenons les choses à la base, et par une réalité simple.
Quoi de mieux comme "partage du travail" qu'un emploi à temps partiel,
et mettons à mi-temps? Donc, deux emplois au lieu d'un...
Tellement intéressant pour les femmes maintenues dans leurs rôles surnuméraires ancestraux!

Mais...n'importe quel employeur ne vous dira jamais le gain de productivité obtenu par ces 2 mi-temps... Il n'a pas besoin d'un dessin pour constater que sa secrétaire passée de temps plein à mi-temps arrive pratiquement à faire tout son boulot en deux fois moins de temps...et pour moitié prix!....A ce train, il peut encore en engager une deuxième, oui?!
Heu...vous suivez encore?...C'est quand même pas des mathfi...!
Mais vous appliquez cela à 4 jours semaines au lieu de 5 et...ce n'est pas aux prud'hommes que vous obtiendrez le différentiel de rémunération...
Et qui fait la fête?

Mais....c'est bien Martine qui s'était mouillée dans cette affaire...Elle a eu tout le loisir, maintenant, de bien étudier la matière...et les effets souhaités, ou moins, de son action passée.
Son père n'a-t'il pas aussi laissé dans les cartons la seule Europe qui manque? La Sociale...
Les nonistes et les vrais gauchistes vont y pourvoir, assurément!

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