
Par LANNOY Aurélien, étudiant à l’E.H.E.P et à l’E.H.E.I de Paris (École des Hautes Études Politiques et des Hautes Études Internationales).
Les Jeux olympiques n’ont pas encore débuté que déjà la compétition a commencé. Rivalité économique et épreuve de force diplomatique se relayent à quelques jours du grand pari chinois d’impressionner le reste du monde. Cette ligne de départ des jeux revêt donc une toge politique en plus du laurier sportif car la Chine veut améliorer son image à l’international par le biais de ce rendez vous sportif.
Dés lors, à quelques jours d’un spectacle à 38 milliards de dollars, les interrogations sur la montée en puissance de la Chine n’ont jamais été aussi pressantes et contradictoires. Depuis la fin de l’URSS, jamais l’Occident n’a été confrontée à une telle puissance démographique, économique et militaire, et surtout à tel contre modèle idéologique. Les valeurs occidentales, au premier desquelles la démocratie, se trouvent contester leur universalisme. Le contre modèle chinois lance alors un défi à l’Occident: Parce qu’un drapeau se hisse à l’Est, devons nous baisser pavillon ?
I. Portrait d’une Chine en devenir ?
L’inquiétude des occidentaux face à la Chine a pour caractéristique d’être anticipative comme une tension préventive. Il est vrai que l’avenir de la planète tient en partie aux orientations qu'adoptera la Chine. Les messages et les intentions chinois, auront donc un effet considérable sur l'évolution générale du monde dans les prochaines années. On en voit déjà clairement les conséquences économiques et environnementales. Il en devient de même pour sa politique extérieure. D’où l’intérêt de présenter les enjeux qui se présentent à la Chine, enjeux dont les réponses concerneront le monde entier.
L’un des principaux enjeux chinois est économique. L'insertion de la Chine dans le monde globalisé sous l'impulsion de Deng Xiaoping, puis de Jiang Zemin, et de Hu Jintao, a engendré le formidable développement que l'on sait, résultat d'une libération des énergies, d'une stratégie d'hypercroissance et d'une diaspora nombreuse et active. Cette réussite permettra, sans doute, à la Chine de devenir la deuxième puissance économique de la planète vers 2020-2030. Mais, les défis de l’économie chinoise sont à la mesure de son potentiel économique, colossaux. A court terme, l’économie chinoise se doit d’éviter la surchauffe. Elle le fait d’ailleurs en sous-estimant sa croissance à 9, 27% pour 2008, alors qu’elle dépasse les 13 %. Avec la crise des Subprimes, il lui reviendra aussi d’être la locomotive économique mondiale pour pallier la récession américaine. D’autres défis économiques se posent à la Chine: la valeur du yuan, l’usage de ses réserves de changes de 900 milliards de dollars, ses engagement auprès de l’OMC, son poids dans les instances économiques mondiales (FMI, Banque mondiale). La Chine se doit donc de consolider et d’équilibrer son économie, si elle veut en tirer pleinement les bénéfices.
L'énergie et l‘environnement représentent également un immense défi pour la Chine. Important un tiers des matières premières mondiales exportées, la Chine est l’un des principaux énergétivores de la planète. Ce comportement lui impose des responsabilités. Force est de constater que le comportement chinois en la matière est sujet à la plus vive critique. En attestent les absences d’efforts chinois lors de Kyoto I ou du dernier sommet du G8 qui s’est tenu à Tokyo du 06 au 10 juillet dernier. Sa gestion des grandes épidémies est aussi un enjeux d’avenir comme l’atteste l’épidémie du SRAS partie de Chine fin 2002 pour s‘étendre au niveau mondial en 2003 faisant près de 800 morts.
Autre défi et non des moindres: sa stratégie diplomatique. On s’inquiète de son comportement envers ses voisins, et notamment de ses étroites relations avec la Corée du Nord. Son effort d’armement n’est pas sans poser certaines interrogations: Pourquoi la Chine étend son parc militaire maritime, notamment en achetant et construisant des portes avions, si ce n’est pour contrôler la mer de Chine du Sud, véritable éponge à pétrole ? On attend enfin la Chine sur la réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU dont elle est membre permanent.
Enfin, enjeux des plus médiatiques: la politique interne. La Chine doit relever plusieurs défis sur son territoire interne comme les 300 millions de paysans pauvres que comptent le pays, le sous peuplement et sous développement de la Chine du Nord Ouest, la question du Tibet, la montée de l’insécurité dans le pays …etc. L’autre défi majeur est l’ouverture de la base chinoise aux libertés publiques et individuelles, à la démocratie et à Internet. Combien de temps la Chine pourra-t-elle encore tenir devant la pression internationale pour qu’elle cesse les arrestations arbitraires et la censure médiatique ?
Cette pression internationale nous amène à nous interroger sur la nature des rapports que doit entretenir la communauté internationale, notamment l’Occident, avec la Chine.
II. Realpolitik ou défense aveugle des droits humains ?
La répression chinoise envers les moines tibétains a relancé le débat sur l’exigence de la défense des droits humains comme valeur universelle. Cette défense reste une préoccupation majeure des peuples occidentaux à laquelle leurs responsables politiques doivent répondre. Néanmoins, le débat reste sclérosé entre une realpolitik poussive sur les droits humains et leur défense acharnée souvent perçue comme arrogante, voire comme une preuve d’hégémonie occidentale.
Les responsables occidentaux et tous ceux qui reconnaissent l’universalité des droits humains se doivent donc de fixer une ligne diplomatique cohérente qui garantisse la performance économique de leurs entreprises sans renier leurs valeurs de démocratie et de libertés.
Une telle ligne diplomatique sous tend que les puissances occidentales, notamment la France, changent de ton afin de ne plus être perçue comme arrogantes. Cessons de rappeler sans arrêt que la France est la « patrie des droits de l’homme », alors même que nous ne pouvons obtenir leur respect sur l’ensemble de la planète. Commençons également par donner l’exemple d’un respect irréprochable dans nos pays qui ne sont pas exempts de reproches: état des prisons françaises, peine de morts aux Etats-Unis …etc.
Davantage de modestie ne nous interdit cependant pas, bien au contraire, de redoubler nos efforts pour la défense des droits humains. Nous devons nous battre dans les instances internationales politiques et commerciales pour que la Déclaration universelle des droits de l’homme soit, dans les discours comme dans les actes, la loi morale de l’humanité. Cette exigence doit passer par le dialogue quand c’est possible, et le rapport de force quand c’est nécessaire. A cet égard, les Occidentaux auraient du poursuivre le rapport de force avec la Chine en boycottant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.
A ceux qui craignent des représailles économiques de la Chine, je ne leur citerai qu’un exemple, celui de l’Allemagne dont les entreprises nationales gagnent des parts de marché en Chine alors même que la chancelière, Angela Merkel, a décidé de boycotter la cérémonie d’ouverture. Le gain de parts de marchés à l’étranger ne se fait pas par gros contrats négociés de façon trop politique, mais par une politique de soutien à la capacité exportatrice de nos entreprises nationales, notamment nos PME. C’est le schéma gagnant de l’économie allemande qui lui permet d’être cohérente et intransigeante sur les droits humains.
Enfin, les puissances occidentales doivent assurer un soutien sans faille aux forces d’émancipation chinoises qu’ils s’agissent des ONG ou des journalistes.
In fine, l’accueil des Jeux olympiques par la Chine revêt un double défi politique: la Chine a pour mission de réussir son entrée dans le cercle très fermé des grandes puissances, une entrée qui induit de lourdes responsabilités. La Chine qui se veut une puissance collective d’1,32 milliard d’habitants ne doit pas oublier l’un de ses proverbes qui dit: « Le moindre des hommes porte sa part de responsabilité dans la grandeur de l’Empire ». Quant aux puissances occidentales, elles se doivent d’établir une ligne de défense efficace et durable de leurs valeurs démocratiques, de leur attachement à la liberté et de leur souci écologique. Au dessus des pavillons nationaux, c’est l’étendard de la dignité humaine qui doit être dressé.