
Réfléchir aux marges de manoeuvre de l'Etat dans une société mondialisée semble certes nécessaire, mais n'est-il pas en préalable plus urgent de reconsidérer et redéfinir le rôle de l'Etat dans notre hexagone ? En effet le leitmotiv qui revient souvent dans la bouche des hommes politiques, et aussi dans les écrits et dires de trop d'éditorialistes "bien pensants", c'est l'expression « Etat providence ». Ce qui revient en raccourci à traiter une partie de nos concitoyens de paresseux, d'irresponsables, d'indigents...
Et à force de répéter non-stop ces deux mots, le côté péjoratif de cette maudite expression est en passe d'entrer comme un fait irréfutable dans notre inconscient collectif. Et même hélas chez les soit-disant "ayant-droits" aux « prodigalités » de l'étatique providence. A tous les précaires , chômeurs, travailleurs pauvres qui voudraient avoir de l'aide, on leur jette à la figure « Ne comptez plus sur l'Etat providence !! Prenez-vous en main ! ».
J'aurais souhaité lire dans la contribution de Ségolène une inscription en faux, clamée haut et fort, de cette scandaleuse expression et une revalorisation , une redéfinition en lettres de noblesse du Service Public. Il faut rendre aux fonctionnaires un immense hommage et cesser de les traiter comme des nantis, des fainéants, etc .. La dégradation de leur image dans l'opinion vient en fait d'un dépit envieux chez ceux qui n'ont pas la sécurité de l'emploi entre autres avantages. Dire que l'Etat est une providence, oui c'est vrai mais pas dans le sens péjoratif qui tend à le dissoudre au profit d'une fallacieuse volonté "d'autonomisation" des individus. Mais oui, l'Etat est une providence, clamons le haut et fort, et sans aucune connotation péjorative !!! Il se doit assurer une réelle défense et protection de chacun d'entre nous. C'est son rôle, sa seule raison d'être. L'Etat c'est nous. Ce n'est pas une abstraction indépendante de nous.
Si tous les hommes, depuis la nuit des temps, se sont organisés en groupes, en tribus, en sociétés, ce n'est pas par masochisme mais bien et tout simplement parce qu'à plusieurs et en étant structurés, on se défend mieux que seul face à l'adversité. Il faudrait redéfinir le rôle de l'Etat dans notre France moderne. Et cela sans le détruire, en traitant sans cesse ses agents de "nantis", ils bénéficient juste du minimum de ce que devraient avoir tous nos concitoyens, à savoir pour le moins la sécurité de l'emploi. Bien sur il est clair que le libéralisme n'a pas besoin d'Etat. Pour la grande majorité de nos responsables politiques, droite et gauche confondues, par le libre exercice de la loi du marché, les problèmes sociaux se résolvent d'eux-mêmes : le plus fort, le plus travailleur, le plus astucieux, voire le plus beau, celui-ci gagne, c'est normal, naturel, et donc juste. Si le libéralisme a encore besoin de l'Etat, c'est juste pour brider les mécontents, les "assistés", ceux qui ne se "lèvent pas tôt", chômeurs et travailleurs confondus. Et ainsi s'esquisse la finalité du libéralisme, à savoir un retour insidieux à l'esclavagisme, une société en trois classes, ceux qui possèdent et ne travaillent pas, ceux qui travaillent en n'ayant rien d'autre que le strict minimum pour subsister et enfin ceux qui maintiennent l'ordre et luttent contre les débordements dénommés « actes terroristes ». Certes, on en est pas encore là mais tout en étant objectif et en ayant un minimum de prospective synthétique, nous y allons à grands pas vers cet enfer.
Aller contre cette si juste loi du marché (trompeusement comparée, par ceux qui en tirent profit, à une immuable loi de la nature), aller contre cette intangible liberté, intervenir serait faire acte de dirigisme, voire de communisme. Bouh quelle horreur ! Enfin voilà, il me semble donc urgent de réfléchir pour enfin graver dans le marbre constitutionnel le rôle exact et définitif de l'Etat ... Peut-être assurer à chacun, au moins, de quoi travailler, se nourrir, se loger ?