Les débats participatifs

Quelle politique pour l'Europe ?

Le role de la France dans le leader ship européen après la crise Russo géorgienne

Par jacobin le 23/08/2008

"Géorgie : pari français, acquis russes, par Natalie Nougayrède
LE MONDE | 22.08.08 | 13h21 • "

"Averell Harriman, qui fut l'un des grands diplomates américains de l'ère Roosevelt, aimait dire que "négocier avec les Russes, c'est comme acheter deux fois le même cheval" : le prix qu'on finit par payer s'avère bien plus élevé que ce qu'on pouvait raisonnablement envisager au début. Tandis qu'une partie importante du territoire de la Géorgie est occupée depuis une dizaine de jours par quelque 15 000 soldats russes, la "maxime d'Harriman" peut parfaitement s'appliquer aux efforts diplomatiques déployés pour tenter de résoudre cette crise"

"L'accord passé le 12 août entre Nicolas Sarkozy et son homologue russe, Dmitri Medvedev, a été amplement dicté par la partie russe. Les officiels russes l'appellent, à ce jour, "plan Medvedev-Sarkozy" et ils se flattent d'avoir imposé leurs vues. Moscou a pu s'appuyer sur ce texte du 12 août pour justifier le déploiement de son contingent loin à l'intérieur de la Géorgie, bien au-delà des deux enclaves séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, ouvrant la voie à un démembrement du pays.
Les demandes russes ont ainsi été satisfaites : suppression de toute référence à "l'intégrité territoriale" de la Géorgie, absence de toute provision pour un retour des réfugiés, idée d'un "non-recours à la force" qui ne s'applique pas explicitement aux troupes russes. Avant même le déplacement de M. Sarkozy à Moscou, un précédent plan, que Bernard Kouchner avait soumis aux Géorgiens le 10 août, avait été passé par pertes et profits par l'Elysée.
Le texte du 12 août, en son point numéro 5, autorise la Russie à mettre en oeuvre des "mesures additionnelles de sécurité", formule à laquelle l'interprétation la plus large a été donnée, à en juger par les positions des unités russes sur le terrain, tandis que tout retrait semble pour l'heure cosmétique : leurs soldats sont à Senaki et à Poti, dans l'ouest du pays, et à Gori, au centre.
Ces détails sont importants. Ils marquent la stratégie d'acquisitions territoriales, de facto, de l'armée russe. En se ruant vers le sud, celle-ci a pour la première fois pris le contrôle de zones pro-géorgiennes qui existaient depuis la fin de l'URSS à l'intérieur même de l'Ossétie du Sud (une poche de villages ethniquement géorgiens) et de l'Abkhazie (les hauteurs des gorges de Kodori). Les militaires russes ont en outre saisi des bandes de territoire à l'extérieur de ces deux régions, alors que le conflit qui a éclaté le 7 août ne concernait que l'Ossétie du Sud. Un amalgame est ainsi fait par Moscou entre les deux dossiers, ossète et abkhaze. Même si aucune attaque géorgienne en Abkhazie ne peut être invoquée pour justifier un déferlement de forces russes supplémentaires vers cette région et au-delà."

"Pourquoi l'Elysée a-t-il autant cédé ? D'abord, pensait-on à Paris, il fallait empêcher que les tanks russes déboulent sur Tbilissi, la capitale géorgienne, et qu'elles procèdent illico à un renversement de régime. Les Russes avaient, dans les jours qui précédaient, multiplié les signaux montrant qu'ils étaient prêts à une telle action, même si ce n'était peut-être qu'un bluff, ce que nul ne sait. L'autre espoir était d'amener graduellement les Russes à accepter le vote d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui, elle, comporterait la référence à l'intégrité territoriale géorgienne. Mais, dix jours plus tard, ce résultat reste encore à atteindre, ce qui suscite aujourd'hui un vif agacement à Paris.
Prise de court par la crise dans le Caucase mais aussi par la mission que s'était arrogée M. Sarkozy en Russie sans beaucoup consulter les partenaires occidentaux, la diplomatie américaine est intervenue pour tenter de corriger le tir des Français. Cela n'a pas été dit publiquement, mais c'était le sens de la visite de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice au fort de Brégançon le 15 août.
Mécontente de ce qu'elle a perçu comme un manque de fermeté des Français dans leurs pourparlers avec les Russes, l'administration Bush a demandé que l'accord fasse l'objet d'éclaircissements, ce que réclamaient aussi les Géorgiens.
Ces éclaircissements ont pris la forme d'une lettre de M. Sarkozy adressée au président géorgien Mikhaïl Saakachvili le 14 août, entièrement consacrée à une explication du fameux point 5. Les "mesures additionnelles de sécurité", y écrit M. Sarkozy, ne peuvent concerner que "l'immédiate proximité de l'Ossétie du Sud", et non celle de l'Abkhazie, et seulement sur une profondeur de "quelques kilomètres", sans inclure des villes, notamment Gori, ni bloquer les grands axes routiers et ferroviaires. La lettre limite aussi les effectifs des patrouilles russes qui seraient autorisées."

"Problème : ces éclaircissements, jugés précieux par les Géorgiens, n'ont pas été validés explicitement, du moins publiquement, par les Russes, qui s'en tiennent au texte du 12 août. C'est ce dernier, et non des rajouts ultérieurs, que le ministre russe Sergueï Lavrov s'est encore engagé à respecter, dans une tribune publiée, mercredi 20 août, dans le Wall Street Journal."

"Le mal est-il fait ? Le pari français a-t-il déjà coûté trop cher à la Géorgie en ouvrant la voie à une occupation militaire durable qui peut se draper, à la fois, dans une rhétorique de "maintien de la paix" et dans l'interprétation maximaliste d'un accord peut-être négocié trop hâtivement au prétexte de valoriser l'Europe (la France ?) face aux Etats-Unis ? Les Géorgiens ne l'ont pour leur part pas dénoncé, car leur priorité est de faire en sorte que les Occidentaux restent mobilisés autour du sort de leur République, et que les conflits jusque-là obscurs de ces flancs sud des monts du Caucase soient désormais un objet d'intenses préoccupations dans les capitales européennes, à Washington et à l'OTAN, où le visage impérialiste de la Russie aurait enfin éclaté au grand jour.
Mais ils se réservent aussi une option de repli : s'étant retirés la semaine dernière de la Communauté des Etats indépendants (CEI), l'organisation dont relève le mandat des troupes russes en Abkhazie depuis 1994, les Géorgiens peuvent formellement déclarer l'ensemble du contingent russe "troupes d'occupation". Cela rendrait aussitôt inopérant l'accord du 12 août négocié par l'Elysée. A moins qu'une résolution de l'ONU ne l'ait entre-temps consolidé en l'incluant tel quel. C'est d'ailleurs ce que la diplomatie russe - déterminée à pousser son avantage - cherche actuellement à obtenir"

REFLEXION SUR LA POLITIQUE EUROPEENNE (JACOBIN)

La nouvelle politique russe semble etre instaurée pour longtemps :elle se développe sur les restes de l'URSS en proclamant ouvertement qu'elle cherche à la reconstituer.
Forte des ogives nucléaires et de l'arme énergétique, elle avance ses pions.
En Face ,une Europe jadis purement occidentale qui s'est élargie aux pays de l'est comme la Pologne:
ces états seront tôt ou tard la cible des ambitions russes :que pourra faire l'Europe?
Nous devons réfléchir à cette nouvelle donne en définissant une politique qui préserve l'idée actuelle de l'Europe sans tomber ni dans l'orbite américaine ni dans le syndrome de Munich ce qui semble être la politique actuelle de Nicolas Sarkozy

Commentaires

la crise russo-géorgienne

Il est à noter que l'absence de multipartisme, générée par la position de l'administration Bush, et ses propentions à s'imposer dans l'espace international, ont pu amener des frustrations au sein de différentes nations qui pensent ne plus compter; en particulier la Russie.
A l'origine, il était convenu par accord que l'otan ne devait pas assimiler en son sein l'Ukraine et la Géorgie.
Peut-être que les avancées de l'otan inquiètent aussi la Russie; ce qui ne la dédouane pas bien entendu de ses agissements inacceptables (Tchétchénie en outre).

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Guerre Froide et élections américaines

En reconnaissant l'Askhasie et l'Ossetie du Sud , Memvedev déclare la guerre froide à l'occident
Le moment choisi n'est pas anodin: le pouvoir US est en phase électorale
Les Russes préfèrent ils OBAMA ? : Rien n'est moins sûr: on peut penser qu'en faisant monter la tension , les Américains opteront pour la fermeté républicaine façon Reegan au détriment des démocrates
OBAMA représente pour les dirigeants du Kremlin un réel danger car son charisme fera se ranger du coté des US ,beaucoup d'états et son aura pourra avoir une implication même au sein de la jeunesse russe.
Donc attendons le résultat des élections US pour voir comment évolue la politique du Kremlin.
Et l'Europe ? les Russes peuvent souhaiter un nouveau Yalta qui ramenent aux frontières de l'URSS ce qui n'est pas sans conséquences sur l'Union européenne à 27.
Le dilemne entre le choix atlantique et la politique d'indépendance jadis pronée par la France reste actuel, bien que NS nous entraine de plus en plus vers une subordination atlantique.

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